
quelques
définitions
définition
- La versification est l'ensemble des règles et habitudes
qui président à la forme la plus ancienne de l'art
littéraire.
-
- Le Romantisme, puis les autres écoles poétiques
du XIXe siècle et du XXe, croyant se
«libérer» des règles très rigides
qu'on avait imposées à la versification au XVIIe
siècle, permirent plutôt à la poésie de
se fonder aussi sur le respect de nouveaux systèmes de
règles (graphiques, grammaticaux, hypertextuels etc.) qui
lui ouvrent des possiblités esthétiques et
sémiotiques inexplorées.
-
- Et ces possibilités s'ouvrent non seulement à la
poésie mais aussi à tous les genres
littéraires -qui, même s'ils s'appuient sur un
système de règles plus souples, sont, comme la
poésie, des moyens de découvrir de nouveaux
gisements de formes linguistiques.
-
- Car on découvrit ainsi ce qu'on pourrait appeler
l'essence de l'art littéraire qui s'applique à la
langue dans sa totalité (et non pas seulement aux
éléments de la langue qui sont pertinents pour la
communication) et en développe jusqu'à le rendre
visible, voire seul visible, le fonctionnement fondamental.
-
- L'art littéraire arrive donc ainsi à
«innerver» et à «muscler» la langue :
il arrive par exemple, en intégrant à sa pratique,
dans le roman, les langages sociaux marginaux, ignorés,
désuets, provinciaux, locaux, intimes,
spécialisés ou étrangers, à
étendre les possibilités perceptives, conceptuelles,
intellectuelles et scientifiques de la langue.
le compte des syllabes dans les
vers
- La versification française est syllabique,
c'est-à-dire qu'elle est fondée, comme l'indique son
nom, sur le nombre des syllabes.
Elle diffère de la versification métrique,
qui repose sur la quantité des syllabes longues et
brèves (vers grecs et latins), et de la versification
rythmique, qui dépend de la place des syllabes
accentuées ou atones (vers anglais ou allemands).
Le nombre des syllabes du vers est le plus souvent, du
dix-septième siècle jusqu'à la fin du
dix-neuvième, un nombre pair : douze, dix, huit, six,
quatre, deux. Les vers impairs de sept, de cinq, de trois
syllabes, et même d'une syllabe, ont cependant
été parfois utilisés à toutes les
époques littéraires. Les vers impairs de treize, de
onze, de neuf syllabes, il faut les chercher dans la poésie
de la fin du XIXe siècle (chez VerIaine par exemple).
- Deux difficultés arrêtent et trompent parfois les
débutants dans le compte des syllabes. Ces
difficultés portent sur l'e
caduc et sur la diphtongue
(voir Diérèses et
synérèses )
l'e caduc
- Que ce soit à la fin ou dans le corps des mots, l'e
caduc compte toujours comme syllabe, quand il est placé
entre deux consonnes :
- Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir.
(Baudelaire)
Il s'élide devant un mot commençant par une voyelle
ou un h muet :
-
- J'offre ma coupe vide où souffre un monstre
d'or !. (Mallarmé).
Ce vers se prononce et se compte comme s'il y avait
-
- J'offre ma coupe vid' où souffr'
un monstre d'or
L'e caduc, même suivi des consonnes s,
nt, ne compte pas à la fin du vers:
-
- Et qui pour tes grandes yeux tout aussitôt
moururent. (Aragon)
Tremble de s'exhaler le faux orgueil des hommes
(Mallarmé).
Dans le corps du vers, l'e caduc, suivi des consonnes
s, nt, compte cependant toujours pour une syllabe,
même devant une voyelle ou un h muet
-
- Les crépuscules blancs tiédissent sur
mon crâne. (Mallarmé)
Dans les troisièmes personnes des verbes en -aient,
l'e étant considéré comme nul parce
que les lettres ent ne se prononcent jamais, ces mots
peuvent entrer dans le corps du vers, même devant une
consonne
-
- Ils fuyaient, le désert dévorait le
cortège. (Hugo)
À ces finales on joint d'ordinaire, comptant pour une
syllabe : soient, voient et croient.
L'e caduc final précédé d'une voyelle,
comme dans les mots vie, Marie, rue,
année, visée, soie,
marée, doit toujours s'élider. Il ne peut
donc être mis dans le corps d'un vers que si le mot suivant
commence par une voyelle
- Toute une armée ainsi dans la nuit se
perdait. (Hugo)
Il est donc impossible de dire dans le corps d'un vers : rue de
Régina, marée montante, voie
ferrée, Aimée Bouchard. Mais on peut dire
rue Auber, voie étroite,
Marie-Antoinette.
Cette règle date de Malherbe, car au XVIe siècle
Ronsard et la Pléiade ne craignaient pas de dire, en
comptant l'e caduc
- Marie, qui voudrait votre nom retourner
- Il trouverait aimer. Aimez-moi donc Marie...
Placé à l'intérieur d'un mot, entre une
voyelle et une consonne, l'e caduc ne compte pas. Par
exemple dans les mots en uement, iement
(dévouement, reniement etc.), et dans
les futurs des verbes du premier groupe de conjugaisons, comme
priera, tuerai, crierons,
louerez:
-
- Je ne t'envierai pas ce beau titre d'honneur.
(Corneille)
diérèses et
synérèses
- Quand plusieurs voyelles se suivent dans un mot et forment ou
non diphtongue, il est essentiel de savoir si elles forment une ou
deux syllabes, car la régularité et la diction du
poème en dépend.
La prononciation en deux syllabes de deux voyelles contiguës
s'appelle diérèse ; la prononciation en une
syllabe de deux voyelles contiguës s'appelle
synérèse.
Cette distinction peut être justifiée par
l'étymologie latine. C'est ainsi que bien, venant de
bene, est synérétique, c'est-à-dire
compte habituellement pour une seule syllabe (mais il y a des
exceptions), alors que lien, venant de ligamen, et
pria, venant de precavit, sont en principe
diérétiques, c'est-à-dire comptent
habituellement deux syllabes. Mais c'est ici le versificateur qui
décide en dernière instance -non les règles
de la prononciation et non l'étymologie.
la césure
- 1537; lat. cæsura « coupure
», de cædere « couper »
-
- Repos à l'intérieur d'un
vers après une syllabe accentuée. La césure
classique coupe le vers en hémistiches et en marque la
cadence. => 2. coupe.
- le petit robert
-
-
- On appelle ainsi une coupe, un repos placé dans un vers
nécessairement après une syllabe accentuée.
Dans l'alexandrin ou vers de douze syllabes, on doit, en principe,
observer un repos au milieu du vers, c'est-à-dire entre la
sixième et la septième syllabe. Chaque moitié
du vers se nomme hémistiche:
-
- La fille de Minos | et de Pasiphaé.
(Racine)
Dans ce vers comme dans presque tous les vers, le repos de la
césure est faible, et n'est marqué par aucune
ponctuation, mais il n'en est pas moins sensible, grâce
à l'accent qui porte sur la dernière syllabe du mot
Minos.
L'alexandrin classique a donc deux accents fixes (sur la
sixième et la douzième syllabe), mais il en a
d'autres qui sont mobiles, et qui partagent le plus souvent chaque
hémistiche en deux parties.
D'après cela, on peut établir cette règle que
tout alexandrin a quatre accents : les deux premiers fixes, ceux
de la césure et de la rime; les deux autres mobiles et
tombant, selon que le veut l'harmonie, sur telle ou telle syllabe
dont ils accentueront l'effet:
-
- Le jour n'est pas plus PUR que le fond de mon COEUR.
(Racine)
Oui, je te loue ô CIEL de ta
persévérance. (Racine)
Dans ce dernier vers, on voit que le second hémistiche n'a
pas d'accent mobile. C'est ainsi que les classiques
eux-mêmes étaient amenés à varier les
repos de l'alexandrin, pour éviter la monotonie.
- Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon
amant. (Corneille)
Ce besoin a conduit les poètes à l'affaiblissement
de la césure et à la coupe ternaire, que Corneille a
employée un des premiers dans un beau vers
célèbre
- Toujours aimer, toujours souffrir, toujours
mourir.
Victor Hugo et les Romantiques ont aussi utilisé cette
coupe :
- La boue aux pieds la honte au front la haine au
coeur. (Hugo)
-
- Il vit un oeil grand ouvert dans les
ténèbres. (Hugo)
- Tantôt légers tantôt boiteux
toujours pieds nus. (Musset)
Mais il est à remarquer que s'ils ont ainsi donné au
vers deux césures et supprimé la césure
classique du sixième pied ils n'ont pas osé
permettre à un mot d'être à cheval sur
elle.
Mais d'autres, après lui, ont eu plus de hardiesse. On a vu
les Parnassiens mettre à la sixième place des mots
atones, des mots « proclitiques » (prépositions,
articles, adjectifs possessifs), naturellement rattachés au
mot suivant; puis on y voit apparaître un e caduc non
élidé. Enfin, l'emploi d'un long mot au milieu du
vers supprime complètement la coupe.
-
- Je courus! Et les Péninsules
démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
(Rimbaud)
Voici les césures que l'on trouve dans les autres
mètres :
La césure du vers de onze psyllabes (ou
endécasyllable ) se place habituellement
après la cinquième syllabe:
-
- Les sylves légers s'en vont dans la nuit
brune. (Banville)
La césure du vers de dix syllabes ou
décasyllabe se place soit après la
quatrième syllabe:
-
- Tout va sous terre et rentre dans le jeu
(Valéry),
-
- soit après la cinquième syllabe:
-
- La vierge mignonne endort en chantant
Son petit Jésus sur la paille fraîche.
Elle resplendit au fond de la crèche,
Comme un grand lis d'or au bord d'un étang.
(Vicaire)
Au-dessous du vers de dix syllabes, les vers n'ont plus de
césure fixe, mais seulement des accents mobiles.
l'hiatus
- 1521; mot lat. « ouverture »,
puis « hiatus »
-
- 1. Ling. Rencontre de deux voyelles, de
deux éléments vocaliques, soit à
l'intérieur d'un mot (ex. aérer, géant), soit
entre deux mots énoncés sans pause (tu as eu). Le
hiatus.
- le petit robert
-
-
- L'hiatus est le choc de deux voyelles, l'une finale, l'autre
initiale. Ce choc est surtout désagréable lorsqu'une
voyelle se rencontre avec elle-même, comme dans « il
alla à Amiens » ; on l'évite, pour cette
raison, en poésie et même dans la prose.
L'hiatus n'est formellement proscrit que depuis Malherbe; tous les
poètes l'admettaient avant lui, et le plus souvent fort
heureusement
- Un doux nenni avec un doux sourire... (MAROT)
Plus ne suis ce que j'ai été.
(Clément MAROT)
- On ne considère pas comme hiatus la rencontre d'une
voyelle avec un mot commençant par un h aspiré, et
l'on peut par conséquent dire la hache, le holà, au
hasard.
Il n'y a pas d'hiatus lorsque deux voyelles se rencontrent par
l'élision d'un e caduc.
-
- L'épée au flanc, l'oeil clos, la main
encore émue. (Hugo)
Une coupable joie et des fêtes étranges.
(Baudelaire)
En revanche, il y a des terminaisons qui, sans former en fait
hiatus avec la voyelle du mot suivant, n'en sont pas moins aussi
désagréables que de vrais hiatus. Il en est ainsi
dans le choc de nasales, comme par exemple dans : Plaignez-vous en
encor (Corneille). Et en cent noeuds retords (Ronsard). On
prescrit donc de les éviter.
En somme, l'hiatus devrait être écarté
uniquement quand il blesse l'oreille, car il existe dans le corps
de la plupart des mots, et il est extraordinaire qu'on ne puisse
dire il y a, quand on pourra dire camélia ou
Iliade, et tu es, tu as, quand on pourra dire
tuer, tuas. Bien plus, grâce à la
règle énoncée plus haut qui ne compte pas
l'hiatus dans l'élision, on pourra dire tuée en
voiture, et non pas tué en duel, d'autre part,
beaucoup de rencontres de mots où la liaison ne se fait pas
font hiatus pour l'oreille, comme dans papier à
lettres, par exemple. Cependant, la règle était
si forte, même pour les Romantiques, que Hugo et Vigny ont
écrit nud devant une voyelle, et seul Musset a
osé écrire en s'amusant : «Ah! folle que tu es!
» Cette règle s'est, comme tant d'autres, assouplie
dans la poésie moderne.
l'enjambement et le rejet
- L'enjambement se produit lorsqu'une partie de phrase,
de faible étendue (trois mots environ), est placée
à la fin d'un vers mais se rattache à la phrase dont
l'essentiel est contenu dans le vers suivant:
-
- Gloire à Sémiramis la fatale! Elle
mit
Sur ses palais nos fleurs sans nombre où l'air
frémit (Voltaire).
Le rejet se produit lorsqu'une partie de phrase, de faible
étendue (trois mots environ), est placée au
début d'un vers mais se rattache à la phrase dont
l'essentiel est contenu dans le vers précédent :
Voici, en guise d'exemple les célèbres rejets de
l'Aveugle d'André Chénier:
-
- C'est ainsi qu'achevait l'aveugle en soupirant,
Et près des bois marchait, faible, et sur une
pierre
S'asseyait. Trois pasteurs, enfants de cette
terre,
Le suivaient, accourus aux abois turbulents
Des molosses, gardiens de leurs troupeaux
bêlants.
Les Romantiques s'emparèrent de ces processus, et Victor
Hugo écrit dans Hernani :
- Serait-ce déjà lui? c'est bien à
l'escalier
Dérobé.
Il écrit de même :
- Dans mon ailée habite un cordier
patriarche,
Vieux qui fait bruyamment tourner sa roue, et marche
À reculons, son chanvre autour des reins
tordu. (Lettre.)
Musset écrit aussi :
- Le spectacle fini. la charmante inconnue
Se leva; le cou blanc, l'épaule
demi-nue
Se voilèrent; la main rentra dans le
manchon.
Et, lorsque je la vis au seuil de sa maison
S'enfuir, je m'aperçus que je l'avais
suivie.
- (La Soirée perdue)
On trouve dans Baudelaire:
-
- Trois mille six cents fois par heure, la
Seconde
Chuchote : Souviens-toi!...
Et Mallarmé dit:
-
- De l'éternel azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les
fleurs...
Ces enjambements ou rejets disloquent le vers mais on voit que les
mots en rejet par exemple sont précisément les plus
expressifs et ceux qui doivent être mis en valeur par
l'action qu'ils expriment. Mais lorsque Musset s'amusait à
écrire dans Les Marrons du feu :
-
- Si c'est alors qu'on peut la laisser, comme un
vieux
Soulier
il recherchait surtout un effet comique.
Banville va jusqu'à couper un mot à la fin du
vers:
-
- Les demoiselles chez Ozy
Menées
Ne doivent plus songer aux hy-
Ménées.
la rime
- La rime est le retour, à la fin de deux ou plusieurs
vers, de syllabes comportant au moins une voyelle identique comme
dernier son prononcé.
Il y a deux sortes de rimes : la féminine et la
masculine
Une rime est dite féminine quand la dernière
syllabe accentuée est suivie d'une syllabe comportant un
e caduc ou comporte elle-même un e caduc;
masculine dans le cas contraire, quand le vers se termine
avec une syllabe ne comportant pas d'e caduc. Il est
obligatoire de faire alterner rimes masculines et rimes
féminines.
La rime n'a donc aucun rapport avec le genre grammatical des mots
: arbre et marbre sont féminins pour la rime,
tandis que beauté et fierté sont
masculins.
Il est interdit de faire rimer une syllabe masculine avec une
syllabe féminine.
Tous les vers dont la rime est féminine ont naturellement
une syllabe de plus que celles qu'on compte réellement,
puisque la dernière syllabe muette ne compte pas. C'est
ainsi qu'un alexandrin à rime féminine a treize
pieds :
- Les marronniers du parc et les chênes antiques.
(Musset)
- Il y a également deux nombre pour les rimes : le
singulier et le pluriel. Une rime est
plurielle quand elle se termine par s,x,z. Une rime
est singulière quand elle ne se termine pas par
l'une ou l'autre de ces trois lettres. Ce pluriel et ce singulier
n'ont rien à voir avec le pluriel et le singulier
grammaticaux : un amas et un tas composent une rime
plurielle et ils furent et moururent composent une
rime singulière. Il est interdit de faire rimer une syllabe
plurielle et une syllabe singulière.
Au point de vue de la valeur, on distingue les rimes en rimes
léonines, riches, suffisantes,
pauvres (ou goret). Les rimes très riches,
nommées aussi millionnaires, doubles, superflues ,
comprennent plusieurs syllabes identiques de son et d'articulation
: nous éparPILLONs, les paPILLONs. Elles sont
souvent des calembours. Elles embrassent même parfois
plusieurs mots, et c'est ainsi que Banville a écrit :
-
- La chose eût semblé même
évidente
Au siècle qui chanta Béatrice et vit
Dante.
- On cite aussi, pour en admirer la virtuosité
:
- Gal, amant de la reine, alla, tour magnanime,
Galamment, de l'arène, à la Tour Magne,
à Nîme.
Pour être riche, la rime exige la présence de
trois sons identiques, ceux de la voyelle et des deux consonnes
qui l'entourent : éternel et solennel forment
une rime riche.
La rime suffisante repose sur la présence de deux
sons identiques: ceux de la voyelle et de la consonne qui la suit
: téméraire, faire composent une rime
suffisante.
La rime est dite pauvre ou goret, par opposition
à léonine, repose, quant à elle, sur
la présence d'un seul son final prononcé identique :
défi, ami ou dénie et crie.
En réalité, une rime n'est vraiment correcte que si
une même consonne sonore précède la voyelle.
C'est ce qu'on appelle la consonne d'appui. Dans
aimé, charmé, par exemple, m
est la consonne sur laquelle la rime s'appuie.
Toutefois, un mot ne peut rimer avec lui-même (il le peut
cependant avec un homonyme exact) et la rime de deux mots qui ont
un sens similaire, comme douleur et malheur, de
même que la rime de deux mots contraires, comme ami
et ennemi ou détruire et construire,
est déconseillée.
Les poètes font rimer des mots où la voyelle n'a pas
la même prononciation : dame et âme ;
nus et Vénus (malgré dans ce cas le
son différent de la consonne finale).
Faire rimer les mots dont l'un présente une voyelle et
l'autre une diphtongue est en principe interdit : construire,
sire; de même que ceux qui ne riment que pour l'oeil ;
béquille, tranquille; aimer, la mer. Cette
dernière rime a pourtant été appelée
la rime normande, à cause de mer, qui en
Normandie se prononce mé. Les poètes du XVIIe
siècle l'emploient souvent, particulièrement
Corneille. Victor Hugo s'en est servi dans À
Villequier :
-
- Que j'ai pu blasphémer
Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette
Une pierre à la mer.
Il faut également éviter les rimes banales que tout
le monde a employées. Telles sont : victoire et gloire,
laurier et guerrier, Français et succès, palme et
calme, songe et mensonge etc.
La même rime ne doit pas être
répétée à trop courte distance, et un
même mot ne doit se présenter de nouveau à la
rime, dans la même pièce, que rimant avec un mot
différent de celui qui constituait avec lui la
première rime. Deux rimes féminines assonant avec
les deux rimes masculines qui les suivent sont défectueuses
: proie, joie; moi, roi.
L'assonance de la rime avec un mot du même vers crée
un vers léonin:
-
- Je n'en vois point mourir, que mon coeur n'en
soupire. (Corneille)
l'orthographe dans les rimes
- La réforme prosodique dont Malherbe fut le chef
était fort exigeante sur l'orthographe des rimes, et
donnait toute l'importance à la consonne finale. Les
Romantiques, considérant que la rime était faite
surtout pour l'oreille, ontdonné toute l'importance
à la consonne d'appui ; sang rime en effet bien
mieux avec innocent qu'avec rang, malgré le
g des deux consonnes finales.
-
la disposition des rimes
- Dans la versification classique, il est de règle de
faire alterner les rimes masculines et les rimes
féminines.
On admet quatre façons d'agencer les rimes :
1- Les rimes plates, ainsi nommées quand les rimes
masculines et féminines alternent deux à deux:
-
- Oui. je viens dans son temple adorer
l'Éternel;
Je viens. selon l'usage antique et solennel,
Célébrer avec vous la fameuse
journée
Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée.
(Racine)
2 - Les rimes croisées, ou celles qui alternent une
à une:
- Comme je descendais des Fleuves impassibles
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
(Rimbaud)
3 - Les rimes embrassées, ou celles où deux
rimes d'une espèce sont enfermées dans deux rimes
d'une autre espèce :
- Heureux ceux qui sont morts pour la terre
charnelle
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de
terre.
Heureux ceux qui sont morts d'une mort solennelle.
(Péguy)
4 - Les rimes mêlées, ou celles dont la
succession est libre, à condition de respecter la
règle de l'alternance masculine-féminine.
l'inversion
- Il est certain qu'une inversion habile permet beaucoup
à l'harmonie du vers, et la prose elle-même a des
inversions.
Quand Musset écrit:
-
- De paresse amoureuse et de langueur
voilée,
il écrit un beau vers onduleux, aux molles inflexions, en
rejetant à la rime le mot essentiel, et il donne une
délicate impression féminine que n'exprimerait
jamais la phrase toute banale : Voilée de langueur et de
paresse amoureuse.
On n'a jamais cessé de transposer les mots, et souvent pour
les effets les plus heureux, notamment dans les cas suivants :
1. Le sujet du verbe :
- Je fuis, ainsi le veut la fortune ennemie.
(Racine)
-
- 2. Le complément du nom :
-
- D'une prison sur moi les murs pèsent en vain.
(Chénier)
3. Le complément indirect du verbe :
-
- Aux petits des oiseaux Dieu donne leur pâture.
(Racine)
4. Les compléments circonstanciels :
-
- De sa tremblante main sont tombés les fuseaux.
(Voltaire)
5. Les adverbes :
-
- Quelques crimes toujours précèdent les
grands crimes. (Racine)
-
La plupart des autres inversions doivent en principe être
évitées:
-
- Et si quelque bonheur nos armes accompagne. (Racine)
Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite. (La
Fontaine)
La plupart des autres inversions doivent en principe être
évitées:
-
- Et si quelque bonheur nos armes accompagne. (Racine)
Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite. (La
Fontaine)
les licences poétiques
- La sévérité des règles peut
justifier les libertés qu'on a laissé prendre aux
poètes avec l'orthographe et la syntaxe. Tous les
poètes ont toujours écrit indifféremment
encore et encor, et c'est même cette
dernière orthographe qui semble prévaloir dans le
style poétique.
Ils écrivent aussi, avec ou sans s, jusque ou
jusques:
-
- Sion, jusques au ciel élevée
autrefois.
Jusqu'aux enfers maintenant abaissée
(Racine),
certe ou certes, guère ou guères, naguère
ou naguères, grâce à ou grâces à,
remord ou remords, zéphyr ou zéphyre. Ils ont
écrit également sans s, si besoin était, un
certain nombre de noms propres, tels que : Charle, Arle,
Athène, Versaille, Londre, Thèbe.
Ils supprimaient également l's de la première
personne de certains verbes, comme : je voi, je croi, je
doi etc. Cette licence, employée surtout au
XVIIe siècle, a cependant servi encore à Victor
Hugo. On lit, dans Booz endormi :
-
- Le chiffre de mes ans a passé
quatre-vingt.
la langue poétique
- Le classicisme prétendait éliminer du
vocabulaire poétique les termes jugés trop
vulgaires; mais il n'y a plus aujourd'hui de mots
poétiques, pas plus qu'il n'y a de style noble ou roturier;
il n'y a que de bons ou de mauvais poètes, qui savent, ou
non, tirer parti des mots qu'ils emploient, depuis le jour
où Hugo a écrit :
- J'appelai le cochon par son nom, pourquoi pas?
J'ai dit au long fruit d'or : Mais tu n'es qu'une
poire!
À moins d'une volonté parodique ou d'un désir
nostalgique (post-moderne) il ne viendrait plus, en effet,
à la pensée d'aucun poète d'écrire :
l'airain et le bronze pour le canon et la cloche, le
coursier pour le cheval, le glaive pour
l'épée, la flamme pour l'amour,
etc.
les effets allitératifs et les
cacophonie
- L'harmonie est fondée tout entière sur un
heureux choix de mots qui ne relève guère que du
talent et de l'oreille du poète.
On peut dire, cependant, que la cacophonie tient la plupart du
temps à l'emploi de syllabes nasales ou gutturales,
répétées dans un espace trop court Le type du
genre cacophonique est dans ces vers malheureusement
célèbres de Voltaire :
- En avez-vous jugé Manco Capac capable
Non, il n'est rien que Nanine n'honore.
Il est aussi dans certains vers dont le sens prête à
l'équivoque comme dans celui-ci, de J.-B. Rousseau:
-
- Vierge non encor née en qui tout doit
renaître.
Pourtant. la répétition des mêmes syllabes ou
des mêmes consonnes, ce que l'on appelle
allitération, prête à des effets heureux
d'harmonie imitative. C'est ainsi que Racine amasse à
dessein les s dans ce vers célèbre:
-
- Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos
têtes?
que Lamartine groupe habilement les s, les l et les
r dans ceux-ci:
-
- Sur la plage sonore où la mer de Sorrente
Déroule ses flots bleus au pied de l'oranger;
et Hugo les f dans ces autres:
-
- Un frais parfum sortait des touffes
d'asphodèle.
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.
Souvent, l'harmonie est à la fois imitative et figurative,
c'est-à-dire qu'elle donne l'impression de la
rapidité ou de la lenteur, grâce aux rejets, aux
coupes diverses, qui allongent ou raccourcissent le vers, en
même temps qu'elle imite les sons grâce aux
allitérations ou aux assonances.
La Fontaine en donne de nombreux exemples :
- ... Il entassait toujours;
Il passait les nuits et les jours
A compter, calculer, supputer sans relâche.
Calculant, supputant, comptant comme à la
tâche.
- Le Thésauriseur et le Singe
-
- Dans un chemin montant. sablonneux.
malaisé,
Et de tous les côtés au soleil
exposé,
Six forts chevaux tiraient un coche.
Femmes, moine, vieillards, tout était descendu
:
L'attelage suait, soufflait, était rendu.
- Le Coche et la Mouche
Victor Hugo a su donner une impression de lenteur majestueuse et
de mystère:
-
- Les grands chars gémissants qui reviennent le
soir...
Sombre comme toi, nuit; vieux comme vous, grands
chênes!...
Quant à Verlaine, sa poésie «musicale »
abonde en strophes mélodieuses, où le rythme et la
sonorité semble dans une certaine perspective s'accorder
aux sentiments:
-
- Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.
les différentes mesures de
vers
- Les différentes mesures de vers n'ont pas connu
toujours le même succès au cours de l'histoire de la
poésie française : les vers de mesure paire (6, 8,
10, 12 syllabes) ont été à peu près
les seuls employés jusqu'aux révolutions
poétiques du XIXe siècle.
Le vers le plus long de la poésie classique
française est le vers de douze syllabes ou
alexandrin, ainsi nommé à cause du
Roman d'Alexandre, poème composé au XIIe
siècle, en vers de ce genre. On peut aussi l'appeler
dodécasyllabe.
Il y a le vers de onze syllabes (ou
endécasyllable ):
-
- Les sylves légers s'en vont dans la nuit
brune. (Banville)
-
- Le vers de dix syllabes (ou
décasyllabe):
-
- Tout va sous terre et rentre dans le jeu
(Valéry)
-
- Le décasyllabe est sans doute le vers qui a eu le
rôle littéraire le plus considérable. C'est le
vers de la Chanson de Roland; c'est, avec quelques
transformations, le vers de Dante, de Pétrarque, de
l'Arioste, du Tasse. d'Alfieri. de Leopardi; celui de
Camoëns; celui de Chaucer. de Spenser, de Shakespeare, de
Milton, de Pope, de Byron. de Shelley. de Tennyson; celui de
Lessing, de Goethe et de Schiller.
Le vers de neuf syllabes (ou ennasyllabe):
-
- Tournez, tournez, bons chevaux de bois.
(Verlaine)
-
- Le vers de huit syllabes (ou octosyllabe):
-
- L'amour est mort j'en suis tremblant
J'adore de belles idoles
Les souvenirs lui ressemblant
Comme la femme de Mausole
Je reste fidèle et dolent. (Apollinaire)
-
- Le vers de sept syllabes (ou heptasyllabe)
-
- Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu'a mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux. (Corneille)
-
- Le vers de six syllabes (ou
hexasyllabe):
-
- L'arbre, libre volière,
Est plein d'heureuses voix;
Dans les pousses du lierre
Le chevreau fait son choix. (Hugo)
-
- Le vers de cinq syllabes (ou
pentasyllabe):
-
- Le soir qui s'épanche
D'en haut sur les prés
Du coteau qui penche
Descend par degrés;
Sur le vert plus sombre,
Chaque arbre à son tour
Couche sa grande ombre
À la fin du jour. (Lamartine)
-
- Le vers de quatre syllabes (ou
tétrasyllabe)
-
- Dans l'herbe noire
Les Kobolds vont.
Le vent profond
Pleure, on veut croire. (Verlaine)
-
- Le vers de trois syllabes (ou trisyllabe)
-
- Par Saint-Gilles,
Viens-nous-en,
Mon agile
Alezan. (Hugo)
-
- Le vers de deux syllabes (ou disyllabe)
-
- On doute
La nuit.,
J'écoute :
Tout fuit,
Tout passe.
L'espace
Efface
Le bruit.
(Hugo)
-
- Voici, en vers d'une syllabe (ou monosyllabe), le
fameux sonnet de Jules de Rességuier :
-
- Fort
Belle,
Elle
Dort;
Sort
Frêle!
Quelle
Mort!
Rose
Close,
La
Brise
L'a
Prise.
Certains poètes ont employé parfois des vers de plus
de douze syllabes. On cite des vers de treize syllabes (ou
tridécasyllabes):
-
- Jetons nos chapeaux, et nous coiffons de nos
serviettes,
Et tambourinons de nos couteaux sur nos assiettes.
(Scarron)
-
- À demi couché sur le dos nu d'un
éléphant. (Banville)
Dans l'ombre autour de moi vibrent des frissons
d'amour. (Richepin)
Des poètes ont essayé des vers de quinze
syllabes et davantage en les appelant parfois versets ;
mais notre oreille a quelque peine à y discerner une
unité rythmique, et elle les coupe spontanément en
vers plus petits.
vers libres classiques - vers libres
modernes
- Dans la poésie classique, on appelle vers
libres des vers où, pourvu que soit observée
l'alternance des rimes masculines et féminines, et que
chaque vers pris à part obéisse à
ses lois propres, tous les mélanges, toutes
les combinaisons sont possibles. C'est le vers de La Fontaine dans
ses Fables, de Molière dans l'Amphitryon. Par
sa liberté même, il est d'un maniement fort
délicat et suppose un sentiment subtil du rythme.
Le vers libre moderne s'est, lui, peu à peu
libéré de toute espèce de règles
traditionnelles.
Il paraît s'être constitué vers 1880, à
la suite des recherches rythmiques de Gustave Kahn et de Marie
Kryzinska; mais on pourrait peut-être en voir la
première origine dans deux poèmes en prose de
Baudelaire. Deux poèmes de Rimbaud (Marine, Mouvement),
en 1886, se rattachent au «verlibrisme » La nouvelle
espèce de vers fut adoptée par Laforgue,
Henri de Régnier, Verhaeren, Moréas, mais plusieurs
d'entre eux sont revenus au vers régulier, tandis que
d'autres cherchent à «purifier » la
poésie en la soustrayant à toutes les servitudes de
la rhétorique, de la rime et même de la syntaxe. Chez
P. Fort, P. Claudel, G. Apollinaire, P. Éluard, rien
apparemment des règles anciennes ne vient plus gêner
le rythme de l'inspiration poétique.
les strophes
- La strophe, dite aussi stance, est la
division régulière d'un poème, comprenant un
certain nombre de vers soumis à un rythme
déterminé. On en distingue plusieurs sortes.
La strophe de deux vers, ou distique,
composée de deux vers à rime plate, forme un
sens complet. Voici le début des Géorgiques
chrétiennes de Francis Jammes, poème en sept
chants, tout entier écrit en distiques:
-
- Des anges moissonnaient à l'heure où
bout la ruche.
On voyait sous un arbre et dans l'herbe leur cruche.
On eût dit que le del aspirait de l'amour
Au-dessus des épis débordant le labour.
De temps en temps l'un de ces anges touchait terre
Et buvait à la cruche une gorgée d'eau
claire.
On désigne sous le nom d'ïambes des vers,
d'inspiration généralement satirique,
constitués par la succession constante, à rimes
croisées, d'un dodécasyllabe et d'un
octosyllabe:
-
Vienne, vienne la mort! Que la mort me délivre!
Ainsi donc mon coeur abattu
Cède au poids de ses maux? Non, non. Puissé-je
vivre!
Ma vie importe à la vertu. (Chénier)
-
- La strophe de trois vers, ou tercet, est
le rythme qu'a employé Dante dans la Divine
Comédie, et qu'on appelle terza rima (a b a,
b c b, c d c, etc.):
-
- O fatigue de vivre! encore une journée
Qui recommence! Encore une étape à
fournir!
Cette route ne sera jamais terminée!
Le passé me prédit quel sera l'avenir.
L'aube amenant midi, midi le crépuscule,
Dans l'aube blanche, on voit déjà le ciel
jaunir.
Marcher, toujours marcher vers, un ,but qui recule,
Le poursuivre, en sachant qu on n y doit pas toucher.
Quel supplice, à la fois atroce et ridicule!
Mais songe aux pieds des morts, las de ne plus marcher.
(Richepin)
La strophe de quatre vers (quatrain) est la strophe
qui admet le plus de combinaisons, et on la fait avec des vers de
toute longueur:
-
- J'ai longtemps habité sous de vastes
portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.
(Baudelaire)
La strophe de cinq vers (quintil) est faite au
moyen d'une rime redoublée:
-
- Hélas! que j'en ai vu mourir de jeunes
filles!
C'est le destin : il faut une proie au trépas,
il faut que l'herbe tombe au tranchant des faucilles;
Il faut que dans le bal les folâtres quadrilles
Foulent des roses sous leurs pas. (Hugo)
La strophe de six vers (sixain) peut se
présenter ainsi:
-
- Ce toit tranquille, où marchent des
colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer toujours recommencée!
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux!
(Valéry)
Dans la strophe de six vers, il arrive souvent que le
troisième et le sixième vers riment ensemble et sont
plus courts que les autres:
-
- Lorsque du Créateur la parole
féconde
Dans une heure fatale eut engendré le monde
Des germes du chaos,
De son oeuvre imparfaite il détourna sa face
Et d'un pied dédaigneux la lançant dans
l'espace,
Rentra dans son repos. (Lamartine)
Ronsard et les poètes de la Pléiade ont
employé un autre type de strophe, sur ce rythme
original:
-
Bel aubépin verdissant,
Fleurissant
Le long de ce beau rivage,
Tu es vêtu jusqu'en bas
Des longs bras
D'une lambruche sauvage. (Ronsard)
- La strophe de sept vers (septain) a
rarement été employée, excepté par
Vigny, qui s'en sert couramment dans les Destinées :
- Le crépuscule ami s'endort dans la
vallée,
Sur l'herbe d'émeraude et sur l'or du gazon.
Sous les timides joncs de la source isolée
Et sous le bois rêveur qui tremble à
l'horizon;
Se balance en fuyant dans les grappes sauvages,
Jette son manteau gris sur le bord des rivages,
Et des fleurs de la nuit entrouvre la prison.
(Vigny)
De la strophe de huit vers (huitain),
nous citerons cette combinaison :
-
- Que j'aime à voir, dans les vesprées
Empourprées.
Jaillir en veines diaprées
Les rosaces d'or des couvents!
Oh! que j'aime aux voûtes gothiques
Des portiques
Les vieux Saints de pierre athlétiques
Priant tout bas pour les vivants! (Musset)
-
- La strophe de neuf vers (neuvain) est assez
rare. Hugo a employé cette combinaison:
-
- Et les champs, et les prés, le lac, la
fleur, la plaine,
Les nuages pareils à des flocons de laine,
L'eau qui fait frissonner l'algue et les
goémons,
Et l'énorme océan, hydre aux
écailles vertes,
Les forêts de rumeurs couvertes,
Le phare sur les flots, l'étoile sur les
monts,
Me reconnaîtront bien et diront à voix basse
:
«C'est un esprit vengeur qui passe,
Chassant devant lui les démons! »
-
- La strophe de dix vers (dizain) est la grande
strophe lyrique; elle ne se fait habituellement qu'en vers de huit
syllabes:
-
- Apollon, à portes ouvertes,
Laisse indifféremment cueillir
Les belles feuilles toujours vertes
Qui gardent les noms de vieillir.
Mais l'art d'en faire des couronnes
N'est pas su de toutes personnes,
Et trois ou quatre seulement,
Au nombre desquels on me range,
Savent donner une louange
Qui demeure éternellement. (Malherbe)
-
- La strophe de douze vers (douzain) ne se
fait habituellement qu'en vers de huit syllabes. C'est la plus
longue strophe qui ait été employée:
-
- Non, l'avenir n'est à personne!
Sire! l'avenir est à Dieu!
A chaque fois que l'heure sonne,
Tout ici bas nous dit adieu.
L'avenir! l'avenir! mystère!
Toutes les choses de la terre,
Gloire, fortune militaire,
Couronne éclatante des rois,
Victoire aux ailes embrasées,
Ambitions réalisées,
Ne sont jamais sur nous posées
Que comme l'oiseau sur nos toits! (Hugo)
Douze vers est une limite qui, dans le poème classique,
n'est pas ordinairement dépassée; car
au-delà, il n'est pas aisé de constituer une
période rythmique. Toutefois, on trouve chez Ronsard des
strophes de quatorze, quinze, seize, dix-buit, dix-neuf et vingt
vers. André Chénier a employé la strophe de
dix-neuf vers.
Comme le vers, la strophe a son unité rythmique
accordée avec le sens, et se contente en
général de deux ou trois mètres
différents.
Une strophe est isométrique quand elle ne comporte
que des vers d'un même nombre de syllabes,
anisométrique quand elle contient des vers de
longueurs différentes.
Les poèmes sont composées le plus souvent de
strophes semblables par le nombre et la mesure du vers. Mais
d'autres sont faites de strophes libres, ou, entre les deux, d'un
système de strophes qui revient à diverses reprises
sous la même forme.
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formes fixes

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