quelques formes fixes

Les poèmes à forme fixe ou les formes fixes

 
Une partie des poèmes à forme fixe ne sont guère aujourd'hui que des curiosités littéraires. Pour mémoire, citons le lai, le virelai, traités au Moyen Age par Guillaume de Machault, Christine de Pisan, Froissart. (Il ne faut pas confondre le lai lyrique, ordinairement composé de douze couplets symétriques deux à deux, avec le lai narratif de Marie de France, courte composition en octosyllabes à rimes plates inspirée des légendes arthuriennes.) Le rondel, fort en honneur au Moyen Age, est encore, mais rarement, employé.
Le sonnet a été la forme fixe la plus populaire parmi les poètes et le pantoum (importé de la littérature malaise au XIXième siècle) a permis la production d'un grand poème (celui de Baudelaire). Le XXième siècle est de plus en plus curieux de formes nées dans des littératures non occidentales comme le haïku ou le qasida.

 


le rondel

Le rondel comprend trois couplets, dont le second et le troisième se terminent, en guise de refrain, par la répétition du premier ou des deux premiers vers de la pièce : le premier couplet compte toujours quatre vers, le second trois ou quatre, le troisième cinq ou six. Le rondel le plus célèbre est ce dernier, de Charles d'Orléans :
  
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s'est vêtu de broderie,
De soleil luisant clair et beau.

Il n'y a bête ni oiseau
Qu'en son jargon ne chante ou crie.
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie.

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie
Gouttes d'argent d'orfèvrerie.
Chacun s'habille de nouveau,
Le temps a laissé son manteau.

 


le rondeau

 

rondel fin XIIIe; « danse » v. 1260; de rond
 
1 Poème à forme fixe du Moyen Âge (repris et transformé au XVIIe s.), sur deux rimes avec des vers répétés. Les rondeaux de Charles d'Orléans.
le petit robert

 

C'est un poème de treize vers sur deux rimes, avec une pause au cinquième et une au huitième, et dont le ou les premiers mots se répètent après le huitième vers et après le treizième, sans être eux-mêmes des vers. Le rondeau, fort en honneur au XVIe et au XVIIe siècle, est encore quelquefois employé. Musset en rima quelques-uns. Les plus célèbres sont ceux de Clément Marot, de Benserade et de Voiture. Nous en citerons un de Voiture :
 
Ma foi, c'est fait de moi, cas Isabeau
M'a conjuré de lui faire un rondeau.
Cela me met en une peine extrême.
Quoi! treize vers huit en eau, cinq en ème
Je lui ferais aussi tôt un bateau.
En voilà cinq pourtant en un monceau.
Faisons-en huit en invoquant Brodeau,
Et puis mettons, par quelque stratagème :
Ma foi, c'est fait,
Si je pouvais encor de mon cerveau
Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau;
Mais, cependant, je suis dedans l'onzième.
Et ci je crois que je fais le douzième :
En voilà treize ajustés au niveau.
Ma foi, c'est fait.
 
Le rondeau redoublé se construit sur deux rimes et se compose de six quatrains à rimes croisées, commençant alternativement par la rime féminine et par la rime masculine. Les vers du premier quatrain forment successivement le quatrième vers des quatrains no 1, 2, 3, 4 et 5. Le sixième quatrain se complète par un refrain formé des premiers mots du rondeau. On en cite de Marot, de La Fontaine, de Benserade, du P. Mourgues, de Th. de Banville. En voici un du P. Mourgues :
 
Si l'on en trouve, on n'en trouvera guère
De ces rondeaux qu'on nomme redoublés,
Beaux et tournés d'une fine manière
Si qu'à bon droit la plupart sont sifflés.
A six quatrains les vers en sont réglés
Sur double rime et d'espèce contraire.
Rimes où soient douze mots accouplés,
Si l'on en trouve, on n'en trouvera guère.
Doit au surplus fermer son quaternaire
Chacun de vous au premier assemblés,
Pour varier toujours l'intercalaire
De ces rondeaux qu'on nomme redoublés.
Puis par un tour, tour des plus endiablés,
Vont à pieds joints, sautant la pièce entière
Les premiers mots qu'au bout vous enfilez,
Beaux et tournés d'une fine manière.
Dame Paresse, à parler sans mystère,
Tient nos rimeurs de sa cape affublés :
Tout ce qui gêne est sûr de leur déplaire,
Si qu'à bon droit la plupart sont sifflés.
Ceux qui de gloire étaient jadis comblés,
Par beau labeur en gagnaient le salaire :
Ces forts esprits, aujourd'hui cherchez-les;
Signe de croix on aura lieu de faire
Si l'on en trouve.

 


le triolet

 

1488; emploi métaph. de triolet, var. dial. de trèfle
 
1 Hist. littér. Poème à forme fixe, de huit vers sur deux rimes, dont le 1er, le 4e et le 7e sont semblables. Les triolets de Banville.
le petit robert

 

C'est un poème de huit vers, généralement des octosyllabes. Le premier, le quatrième et le septième vers sont les mêmes, d'où le nom de la pièce; de même, le second vers est repris au huitième. Le triolet convient à l'expression de pensées gracieuses ou satiriques.
  
Monsieur le comte de Tallard
Sait bien le parti qu'il faut prendre :
Il est vaillant comme un César,
Monsieur le comte de Tallard.
Mais s'il est battu par hasard,
S'il faut périr ou bien se rendre,
Monsieur le comte de Tallard
Sait bien le parti qu'il faut prendre.

 


la villanelle

 

1586; it. villanella « chanson, danse villageoise », de villano vilain
 
Anciennt Chanson, poésie pastorale; danse qu'elle accompagnait, à l'origine. « Sur mon dernier sommeil verseront les échos De villanelle un jour, un jour de fandango De tarentelle de sardane » (Brassens).
 
Par ext. Poème à forme fixe (fin du XVIe s.) à couplets de trois vers et à refrains, terminé par un quatrain.
le petit robert
 

 

La villanelle, qui n'était, au début, qu'une chanson pastorale et populaire, ne fut soumise à une règle fixe qu'après la célèbre villanelle de Passerat. Elle devint avec lui une pièce composée d'un nombre impair de tercets, suivis d'un quatrain final. Les tercets doivent être écrits sur deux rimes. Le premier vers du premier tercet forme le troisième vers des strophes 2 et 4, etc. Le troisième vers du premier tercet forme le troisième vers des strophes 3 et 5, etc. Ces deux vers figurent ensuite dans le quatrain final. Voici la célèbre villanelle de Passerat :
 
J'ay perdu ma tourterelle.
Est-ce point elle que j'oy?
Je veux aller après elle.

Tu regrettes ta femelle;
Hélas aussy fay-je moy :
J'ay perdu ma tourterelle.

Si ton amour est fidèle,
Aussy est ferme ma foy;
le veux aller après elle.

Ta plainte se renouvelle;
Toujours plaindre je me doy :
J'ay perdu ma tourterelle.

En ne voyant plus la belle,
Plus rien de beau je ne voy :
Je veux aller après elle.

Mort, que tant de fois j'appelle,
Prends ce qui se donne à toy :
J'ay perdu ma tourterelle.
Je veux aller après elle.

 


la ballade

 

1260; provenç. ballada, de ballar « danser »
 
1 Anciennt Chanson à danser et danse qu'elle accompagnait.
 
2 Petit poème de forme régulière, composé de trois couplets ou plus, avec un refrain et un envoi. « La Ballade des pendus », de François Villon.
 
3 Poème de forme libre, d'un genre familier ou légendaire. Les ballades de Schiller. « Odes et Ballades », de Victor Hugo.
le petit robert
 

 

Dans sa forme régulière, la ballade est un petit poème composé de trois strophes et d'un envoi commençant par le mot prince. Toutes les strophes ou couplets sont sur les mêmes rimes, et les rimes ne sont qu'au nombre de trois dans le poème entier. Le dernier vers de chaque strophe et de l'envoi est le même et se nomme refrain. Le plus souvent, la ballade comporte ou des strophes de huit octosyllabes avec un envoi de quatre vers, ou des strophes de dix décasyllabes avec un envoi de cinq vers. Le couplet, grâce à des rimes redoublées, peut avoir jusqu'à douze vers.


La ballade était fort en honneur au Moyen Age, et elle fut employée jusqu'à nous fort habilement par Banville et la plupart des Parnassiens. Mais le maître en ce genre restera toujours François Villon, qui écrivit la célèbre Ballade des dames du temps jadis, et celle, peut-être plus belle encore, qu'il composa au moment où il s'attendait à être pendu (l'Épitaphe Villon). La voici :
 
 
Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les cuers contre nous endurcis,
Car si pitié de nous povres avez
Dieu en aura de vous plus tost merci;
Vous nous voyez cy attachez, cinq, six;
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pièça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre.

Se vous clamons frères, pas n'en devez
Avoir desdaing, quoyque fusmes occis
Par justice. Toutesfois, vous sçavez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le Fils de la Vierge Marie.
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale fouldre;
Nous sommes mors, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre.

La pluye nous a débüez et lavez.
Et le soleil desséchiez et noircis.
Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,
Et arraché la barbe et les sourciz,
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie,
Plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre
Ne soiez donc de nostre confrairie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre,

Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ayt de nous seigneurie,
A luy n'ayons que faire ne que souldre;
Hommes, icy n'a point de mocquerie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre.

 

 


le chant royal

 

Chant Royal : forme poétique française de cinq strophes et un envoi, chacune des six parties se terminant par un même vers, le refrain.
le petit robert

 

C'est une sorte de développement de la ballade : il comprend cinq strophes de onze vers, plus un envoi de cinq, six ou sept vers, les stances et l'envoi étant terminés par le même vers.

 


le sonnet

 

1537; it. sonnetto, du fr. sonet « chansonnette » (1165); de son « poème »
 
Poème de quatorze vers en deux quatrains sur deux rimes (embrassées), et deux tercets. « Un sonnet sans défauts vaut seul un long poème » (Boileau). Les sonnets de Ronsard. Sonnets irréguliers de Baudelaire.
le petit robert
 

 

Le sonnet est d'origine italienne, et Pétrarque le mit en honneur en son pays. C'est un poème de quatorze vers, formé de deux quatrains et de deux tercets. Les huit vers des quatrains sont construits sur deux rimes, et les deux quatrains doivent être semblables de disposition, et présenter chacun à l'intérieur deux rimes plates. Les deux premiers vers du premier tercet riment ensemble. Le troisième vers du premier tercet rime avec le second vers du deuxième tercet, et le premier vers du deuxième tercet rime avec le vers final.

On ne trouve pas de sonnet en France avant le XVIe siècle, durant lequel Ronsard, Du Bellay et tous les poètes le cultivèrent avec ardeur. Le XVIIe siècle s'engoua du sonnet, et Boileau put écrire : «Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème. » Mais le XVIIIe siècle l'abandonna presque complètement. Le romantisme le remit en honneur au XIXe siècle, et les parnassiens en tirèrent un beau parti. Parmi eux, J.-M. de Heredia porta le sonnet à un haut degré d'expression et de perfection.

Voici un des plus célèbres sonnets du poète des Trophées :
 
Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde occidental.

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des tropiques
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré;

Ou, penchés à l'avant des blanches caravelles,
lis regardaient monter dans un ciel ignoré
Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.

 


le pantoum

 

1829; malais pantun
 
Pantoum malais : quatrain à rimes croisées dont les deux premiers vers évoquent une idée explicitée dans les deux derniers. &endash;

Par ext. Poème composé de quatrains à rimes croisées, dans lesquels le deuxième et le quatrième vers sont repris par le premier et le troisième vers de la strophe suivante. « Harmonie du soir », de Baudelaire, est un pantoum.
le petit robert
 

 

Le pantoum, qui a pour origine un poème malais cité par Victor Hugo dans les notes des Orientales, et qui a été en faveur chez les romantiques, est écrit en strophes de quatre vers. Deux thèmes y sont traités parallèlement, l'un dans les deux premiers vers, l'autre dans les deux derniers de chaque strophe. Les vers 2 et 4 de chaque strophe reviennent comme vers 1 et 3 de la suivante.

Voici un pantoum (Harmonie du soir) de Charles Baudelaire:
 
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir,
Valse mélancolique et langoureux vertige!

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Son souvenir en moi luit comme un ostensoir!

 

 


le haïku

 

1922; mot jap.

Poème classique japonais de dix-sept syllabes réparties en trois vers (5, 7, 5).
le petit robert

 

C'est une forme fixe originaire du Japon. Le haïku comprend trois vers blancs : deux pentasyllabes qui entourent un heptasyllabe. En voici un exemple:
 
Deux ou trois lettres
Virevoltent virevoltent
La littérature
(anonyme)

 

 

 


ce document a été "emprunté" quelque part sur un site de l'UQÀM.
(si le "propriétaire" y voit un inconvénient, il n'a qu'à le faire savoir et nous nous empresserons de rendre à Denise Bombardier ce qui appartient à Lucien Bouchard ...!)